PROJET DE CREATION D’UN GOLF ET D’UN ENSEMBLE HOTELIER(article eau et rivieres 2009)
PROJET DE CREATION D’UN GOLF ET D’UN ENSEMBLE HOTELIER
PAR LA SAS LE CLOS DES FONTAINES SUR LA COMMUNE D’AUCALEUC
La présente note expose les différentes observations qui résultent :
de l’examen du dossier présenté à l’enquête publique par le demandeur
et notamment de l’étude d’impact sur l’environnement (p 17 à 128) ;
des visites effectuées sur le site concerné afin de vérifier les affirmations
produites par le demandeur dans l’étude d’impact et d’expertiser le
caractère humide de la zone concernée par les aménagements projetés.
- 1 - Le projet concerne un espace, majoritairement à l’état nature
l,et pour partie aménagé, de plus de 90 hectares. Il s’agit d’un des principaux espaces
naturels du pays de Dinan.
Au-delà de son intérêt général pour la biodiversité du pays de Dinan,
cet espace estconstitué pour une partie importante de sa superficie, de zones humides
.L’étude d’impact indique pages 17 (chap 2.2.2) :
« les sols sains ou peuhydromorphes sont peu abondants. Les sols moyennement hydromorphes occupent la
majeure partie de la zone étudiée ».
Le caractère humide de cet espace est égalementconfirmé p 41 (chap 1.2.5) à la suite des sondages pédologiques effectués. L’étude
d’impact précise en effet : «
la quasi-totalité des sols présente des tracesd’hydromorphie
».- 2
– Jugée indispensable pour assurer la préservation de leursintérêts hydrologiques et biologiques, une politique de préservation
des zones humides est progressivement mise en place au plan
national comme au plan départemental
:·
l’article L 211.1 du code de l’environnement indique : « La gestion équilibréede la ressource en eau vise à assurer la préservation des écosystèmes
aquatiques, des sites et des zones humides
».·
le Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux du bassin LoireBretagne, arrêté par le Préfet coordonnateur de bassin le 26 juillet 1996,
affirme qu’il nous faut «
protéger énergiquement les zones humides, dont lahaute valeur écologique et les fonctions de régulation ont été très souvent
négligées jusqu’ici
». (pièce jointe 1)Ce schéma insiste sur la nécessité de préserver les zones humides d’intérêt
plus local, «
notamment celles des têtes de bassin » (ce qui est le casd’Aucaleuc situé en tête du bassin de l’Arguenon) en y assurant «
lacohérence des politiques publiques qui y sont menées
».·
Au plan départemental, en application de ces principes d’une protection accruedes zones humides, la D.D.A.F a présenté le 29 septembre 2006 au Comité
Départemental de l’Environnement, des Risques Sanitaires et Technologiques,
la politique suivie par les services de police des eaux
(pièce jointe 2). Cettepolitique, approuvée par le CODERST, prévoit l’opposition des services de
l’Etat aux projets de création de plans d’eau, d’assèchement et de drainage
des zones humides, soumis à simple déclaration. Cette politique s’est
également traduite, pour les projets soumis à autorisation, à réserver la
«consommation» de zones humides pour les seuls projets déclarés d’utilité
publique
, moyennant une mesure de compensation de restauration d’une zonehumide dégradée du double de la surface touchée par le projet.
L’analyse par nos associations du projet d’aménagement déposé par la SAS Le
Clos des Fontaines s’inscrit dans ce cadre réglementaire et cette politique générale de
préservation des zones humides et de la ressource en eau.
L’espace concerné par le projet, se situant pour l’essentiel, en tête du
bassin versant de l’Arguenon, cours d’eau pour lequel des fonds publics
importants sont investis pour restaurer la qualité des eaux et préserver les
zones humides, il est encore plus impératif de s’assurer ainsi que le
demande le SDAGE, de la cohérence des politiques publiques menées sur les
têtes de bassin versant.
- 3 - L’étude d’impact présentée à l’appui de la demande présente de
graves insuffisances
.Ainsi, par exemple :
·
l’inventaire floristique (cf p 72 chap 1.3.7.4) n’a été réalisé que sur unepetite partie de la zone devant être aménagée
;·
alors que le site naturel prévu pour l’implantation du projet présente unfort potentiel d'accueil pour les amphibiens du fait de la présence de
nombreux points d'eau et de la qualité des habitats terrestres, l’inventaire
de ce groupe faunistique présente de graves lacunes
.En effet, le nombre de prospections réalisées est notoirement insuffisant pour
inventorier correctement l'ensemble des espèces d'amphibiens potentiellement
présentes sur le site (1 sortie début avril et 1 sortie fin juin). D'autre part, ces
prospections ont été menées de jour alors que certaines espèces sont actives
principalement la nuit (cas des tritons).
Pour inventorier le plus exhaustivement possible les espèces d'amphibiens présentes
sur un site comportant une forte diversité de milieux, il aurait été indispensable
d'établir un calendrier de prospections beaucoup plus conséquent, à raison d'une
visite mensuelle de janvier à juin, sur l'ensemble des sites potentiels de reproduction
et de préférence après le coucher du soleil. La page consacrée aux amphibiens dans
l'étude d'impact révèle bien l'incompétence du bureau d'étude en la matière. Seules
deux espèces d'amphibiens ont été observées (salamandre tachetée
Salamandrasalamandra
et grenouille « verte » Pelophylax), alors que des recherches effectuéespar nos soins en janvier 2009, ont mis en évidence la présence de deux autres
espèces : la grenouille rousse
Rana temporaria et le triton palmé Triturus helveticus.Il faut d'ailleurs noter l'existence d'une très grosse population de grenouille rousse
sur le site d'Aucaleuc. Les abords du ruisseau coulant au nord du site et la prairie
humide près du lieu-dit la Fontaine sont des zones de ponte très importantes pour
cette espèce. Au total, neuf sites de pontes y ont été découverts le 1/02/2008
(passage de jour et de nuit) (
cf. carte annexée pièce jointe 3, et illustrationspièce jointe 4
) . Les sites 01 (mare forestière) et 08 (mare de prairie) rassemblaientrespectivement un minimum de 200 et 400 pontes ! Auxquelles il faut ajouter environ
70 pontes dispersées sur les autres sites découverts le même jour. Compte tenu des
habitats présents sur l'ancienne zone militaire, il est certain que d'autres espèces
d'amphibiens sont présentes, et c'est très probablement le cas du triton marbré, du
triton alpestre, de la grenouille agile, du crapaud commun et peut-être de la rainette
verte. Rappelons que le triton marbré, la grenouille agile et la rainette verte
bénéficient d'un statut de protection renforcé. En effet, l'arrêté ministériel du 19
novembre 2007 fixant la liste des amphibiens et reptiles protégés en France interdit
pour ces trois espèces la destruction des individus mais également la destruction,
l'altération ou la dégradation des sites de reproduction et des habitats terrestres de
ces animaux.
Cette insuffisance de l’étude est confirmée, p 147 du dossier, à la fin du préalable de
la convention à signer avec COEUR « :
Aussi un travail d’inventaire se doit d’êtreréalisé entre janvier et mai
».Cet inventaire aurait dû être partie intégrante de l’étude d’impact sur l’environnement
qui doit obligatoirement comporter un «
descriptif de l’état initial du site » (art R122.3 du code de l’environnement).
·
Compte tenu des lacunes évidentes des inventaires menés dans le cadrede l'étude d'impact, et de la présence plus que probable d'espèces strictement
protégées (les individus et leurs habitats),
il n’est pas possible en l’état dudossier d’apprécier exactement l’état initial du site, et la pertinence des
mesures proposées
par le demandeur pour corriger ou compenser les impacts duprojet sur ces populations et leurs habitats.
·
Le dossier prévoit pour entretenir les greens, d’utiliser des pesticides,dont 2 sont interdits, et alors que l’étude faunistique recommande de ne pas
en employer !
Les conditions de traitement par pesticides du projet de golf, présentées à la page
171 du dossier, font état des pesticides utilisés et des quantités épandues. Sont
indiquées quatre spécialités commerciales : Peltar-Flo, Rovral, Lompar, Sevin.
La consultation sur le site E-Phy du Ministère de l’Agriculture,
(pièce jointe 5) faitapparaître :
- que le pesticide
Peltar-Flo est retiré du marché depuis le 1ernovembre 2008
- que les différentes spécialités commerciales
« Sevin » ontégalement été retirées du marché ;
- que le
Rovral, comporte une phrase de risque R5153 « trèstoxique pour les organismes aquatiques », est classé N
« dangereux pour l’environnement ».
- que le
Lonpar comporte également une phrase de risque AQUA« dangereux pour les organismes aquatiques »
Alors que l’utilisation de pesticides constitue une pratique régulière d’entretien des
terrains de golf, et à ce titre, constitue un risque pour la qualité des eaux comme
pour les espèces notamment celles inféodées aux zones humides, l’étude d’impact
présentée à l’appui de la demande fait preuve d’un véritable amateurisme en
prévoyant l’utilisation de pesticides aujourd’hui interdits ou de pesticides dangereux
pour les milieux aquatiques.
Il sera en outre observé une contradiction majeure du dossier : celui-ci prévoit
l’utilisation de pesticides (dont 2 produits interdits) alors que l’expertise faunistique
réalisée par le cabinet Ouest Am ‘ préconisait comme mesure compensatoire à la
création du golf de «
ne pas employer de pesticides » (p 17, expertise faunistiquecomplémentaire).
·
L’impact combiné de l’ensemble des travaux, drainage sur 28,87 hectares,défrichement sur 49 hectares, suppression de 25 ha de zones boisées, apports de
fertilisants, traitements pesticides, tant sur la ressource en eau (qualité, débits) que
sur les habitats et les espèces protégées du site,
n’est pas appréhendéglobalement.
- 4 – Le problème majeur posé par ce projet est celui de sa
compatibilité avec la préservation des zones humides.
La carte pédologique présentée p 43 identifie les différents types de sols selon la
méthodologie présentée au chapitre 1.2.5 page 41 : pour les sols classés 3, 4, 5, 6,
l’hydromorphie est nette à partir de 30-40 cm.
Selon la
circulaire du MEEDDAT du 25 juin 2008 relative à la détermination des zoneshumides
, les sols caractéristiques des zones humides sont identifiés … par la présencede traces d’hydromorphie débutant à moins de 50 cm de profondeur
. » (piècejointe 5)
Ainsi, la surface de zones humides affectées par le projet, ne se réduit donc pas aux
seuls 10500 m2 constitués par les prairies à joncs, le pourtour immédiat du plan
d’eau situé au sud de la zone, et les rives du ruisseau situé au nord du terrain.
En outre, s’agissant du classement au PLU de la commune d’Aucaleuc des bordures
de ce cours d’eau en « zone humide », il a été manifestement effectué sans aucune
analyse de terrain, puisque certains secteurs concernés ne sont pas des zones
humides, alors que d’autres non classés comme tels le sont effectivement.
L’ensemble des zones dans lesquelles des traces d’hydromorphie
apparaissent à moins de 50 cm de la surface constituent des zones humides
ce qui représente une surface totale nettement supérieure aux 10500 m2
évoqués à la page 13 du dossier.
D’ailleurs, cette sous estimation par l’étude d’impact de la surface de «zones
humides » impactée par le projet est confirmée implicitement par la nécessité
d’opérer des travaux de drainage sur une surface de 28,8 hectares.
Le dossier considère que la destruction des 10500 m2 de zones humides serait
compensée par la création de zones humides résultant du maintien sur le site et de la
création de nouveaux plans d’eau. Outre que cette mesure ne répondrait même pas,
à l’exigence d’une compensation au double de la surface détruite, il n’est pas possible
de considérer ce type d’aménagement comme une mesure de compensation. En effet,
la nomenclature annexée au décret n° 93-743 du 29 mars 193, vise dans sa rubrique
4.1.0, «
l’assèchement », mais aussi la « mise en eau » des zones humides . Labordure périphérique de ces étangs ne peut donc être considérée comme une mesure
de compensation à l’assèchement de zones humides.
Les travaux d'aménagement envisagés auraient un impact très fort sur l'ensemble
des amphibiens présents, en détruisant leurs sites de reproduction (drainage) et leurs
habitats terrestres (défrichement, déboisement). On risquerait de voir s'effondrer les
populations de la plupart des espèces présentes.
En conclusion sur ce point essentiel :
le dossier sous-estime notablement la surface de zones
humides impactées par le projet ;
le projet concerne la tête du bassin versant de l’Arguenon,
cours d’eau fortement contaminé par les nitrates faisant l’objet
d’un vaste programme de restauration de la qualité des eaux et
de préservation des zones humides ;
aucune mesure sérieuse de compensation de la
destruction des zones humides
détruites par le projet n’estprésentée.
L’insuffisance avérée de l’inventaire des populations d’amphibiens
présentes sur le site ne permet d’évaluer, ni l’état initial du site,
ni la portée des mesures compensatoires.
Alors même que la préservation des zones humides constitue une obligation
réglementaire et un enjeu majeur de la politique de l’eau, notamment sur le
bassin versant de l’Arguenon, le projet de la SAS Le Clos des Fontaines tel
que présenté dans le dossier soumis à enquête publique est incompatible
avec cette protection.
Le 2 février 2009

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